L’homme bientôt sur la touche ?

Alerte ! Nous sommes dépassés, finis, foutus ! La nouvelle vient de tomber : « Apple : les claviers de ses MacBook pourraient devenir vraiment intelligents »

Ça fait peur. Bon, des voitures intelligentes, des lave-linge, des grille-pain, des téléphones intelligents, on a l’habitude. Mais cette fois, c’est différent : les claviers ne seront pas seulement intelligents ; ils seront vraiment intelligents.
Donc, ils vont prendre le pouvoir. C’est la fin de l’Histoire. La fin de l’humanité, la fin du monde.
Ben oui, quoi, vous n’avez jamais entendu parler de la singularité ?
La singularité, c’est ce moment où les machines, devenues intelligentes et s’améliorant elles-mêmes, dépasseront l’homme en un clin d’œil – qu’elles aient ou non des yeux – pour accéder, à une vitesse exponentielle, à la superintelligence, avec un QI tendant vers l’infini et au-delà.
Dès ce moment, nous, pauvres humains, ne comprendrons pas plus les machines que les vers de terre ne nous comprennent. Elles nous écraseront comme des fourmis.

Quand on pense que l’expression « intelligence artificielle » était encore ringarde il y a quelques années…

>>Info de dernière minute : pour les claviers, on se serait peut-être un peu emballé. En fait, ils seront juste capables de modifier l’affichage de leurs touches. Ça ne leur suffira sans doute pas pour devenir maîtres du monde. Fausse alerte. Ouf !

Bon, mais la singularité alors ?
Le raisonnement qui est derrière paraît logique. Le hic, si on l’analyse cinq minutes, ce sont les présupposés implicites : l’intelligence se mesure, les IA seront capables de s’auto-améliorer, l’intelligence artificielle est de même nature que l’intelligence humaine et, enfin, l’intelligence est une faculté indépendante et autonome.
Ça fait beaucoup de suppositions. Pas très scientifique tout ça. En science, on fait des hypothèses, mais on ne les sous-entend pas, on les annonce de manière explicite. Et on aime bien savoir de quoi l’on parle exactement.

Peut-on définir l’intelligence ?

Au Future of Life Institut, on ne cherche pas à définir l’intelligence. On se préoccupe plutôt des conséquences qui pourraient nous retomber sur la gueule si on faisait n’importe quoi avec l’IA. On devrait faire ça pour toute nouvelle technologie. On aurait dû le faire pour la bombe atomique, l’énergie nucléaire, l’industrie chimique, la bagnole, etc.

Mais peut-on parler d’IA sans savoir ce qu’est l’intelligence ?
Est-ce simplement une question de complexité ? Un programme atteignant la complexité d’un cerveau humain sera-t-il aussi intelligent (ou aussi bête) ?
Une intelligence réelle peut-elle exister en dehors d’un contexte, d’un environnement ? A-t-on déjà vu un cerveau humain se balader tout seul, dans un bocal, flottant dans un liquide amniotique ? Un tel cerveau serait-il capable de penser ? (mon cerveau me dit que non).
Pour penser, un cerveau humain doit apprendre, et pour apprendre, il a besoin d’être à l’intérieur d’un crâne lui-même relié à un corps possédant des organes et des nerfs sensitifs.

Illustrons cela par un exemple. Un gamin excité s’agite, n’écoute rien, n’en fait qu’à sa tête. Il tombe, se fait mal et pleure à chaudes larmes. « Ça t’apprendra ! » s’écrient ses parents.
Ils ont raison : c’est grâce aux sensations qu’on apprend. Ce qui nous distingue d’un réseau neuronal artificiel, qui ne fait que se calibrer.
Un nouveau-né, même humain, n’est pas très intelligent. Avant d’être capable de jouer aux échecs, d’aller sur la lune ou de fabriquer des bombes atomiques, il doit d’abord avoir des sensations et ressentir des émotions.

Alors, pourra-t-on créer bientôt une IA réellement intelligente, comme en sont convaincus de nombreux chercheurs et penseurs ?

Pour l’instant, l’exemple le plus convaincant est à mon humble avis le robot « nématode ». Ce robot n’est pas programmé : il « comprend » qu’il a un mur devant lui. Ou disons qu’il le ressent. Il a l’intelligence d’un ver. Pas terrible, mais c’est déjà mieux que rien. On est sur la bonne voie.

À moins que… À moins que la démarche diamétralement opposée soit meilleure : prendre un cerveau humain en état de fonctionner, le numériser, et obtenir directement un être artificiel intelligent, même sans avoir compris ce qu’est l’intelligence. Qui sait ? En tout cas, avant de transférer le premier volontaire, il faudra d’abord lui créer un monde artificiel, une réalité virtuelle. Sinon, il va drôlement s’ennuyer.

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