Aux armes, citoyen-n-e-s !

On trouve de plus en plus, dans la prose des associations, partis politiques ou autres mouvements de la société civile, des techniques grammaticales innovantes à base de tirets, de majuscules ou de caractères spéciaux dans le but de rappeler aux militant-e-s, aux adhérent-e-s et aux sympatisant-e-s qu’il faut mettre fin à l’injuste domination du masculin sur le féminin dans la langue française. C’est un noble combat. Moi je dis bravo ! Heu… Pardon, bravo c’est masculin, alors je dis brav-o-a. Non, bravOa. Ou plutôt : brav/o/a.

Oui, chèr-e-s ami-e-s, chèr-e-s lect-eur-rice-s, menons ce combat/cette bataille. Luttons pour l’égalité des sexes des mots, défendons l’émancipation des substantifs et des adjectifs féminins !
Bien sûr, il ne faut pas se limiter aux textes militants. Il faut aller plus loin : les romans, le théâtre, la poésie… Il faut tout récrire de manière égalitaire. Toute la littérature française est à recréer !

Commençons par les contes pour enfants. Ces pauvres petits êtres fragiles sont conditionnés, dès l’âge le plus tendre, par une langue sexiste. Ça ne peut plus durer !
Prenez Le petit Chaperon rouge, de Charles Perrault : dès le titre, ça commence ! Parce que c’est une fille, on la coiffe d’un voile qui l’enveloppe, qui la domine. On la surveille, on la chaperonne ! Et « chaperon », comme par hasard, est un mot masculin…
Ensuite, c’est la catastrophe. Le premier paragraphe est atrocement misogyne : on y traite les « bonnes femmes » de « folles ». La preuve :

Il était une fois une petite fille de village, la plus éveillée qu’on eût su voir : sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le petit Chaperon rouge.

Il faut de toute urgence récrire ce conte machiste. Allons-y :

Il/Elle était une fois/un jour un-e petitE fil/le/s de village, la/le plus éveillé-e qu’on eût su voir : sa/son m/p/ère en était fo(lle)u, et sa/son m/p/ère-grand(e) plus fo/lle/u encore. Ce(tte) bon(ne) femme/homme lui fit faire unE petitE chaperon(ne) rouge qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le/la petitE Chaper-on-ne rouge.

Ouf, c’est mieux !
Bon, ça va être un sacré boulot de corriger toute la littérature française, mais il le faut bien, au nom de nos valeurs. Allez, tou-te-s ensembles : Liberté, égalité, fratern-soror-ité !

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