La newslangue télévisuelle

J’ai décidé d’arrêter de regarder les infos à la télé. C’est une décision importante. La preuve : je l’ai prise plusieurs fois. Pas mal de fois même. En fait, cette décision, je la prends chaque fois que je regarde le journal télévisé.

Ce qui m’énerve dans les journaux télévisés ? Plein de choses : les images en boucle, les micros-trottoirs, les marronniers… Mais ce que je ne supporte pas, ce sont les expressions toutes faites, que les journalistes présentateurs utilisent de manière systématique, jusqu’à ce que ça devienne un jargon, un sous-langage. Ce n’est pas la novlangue de George Orwell, c’est la newslangue.

Ces expressions peuvent être des métaphores, comme lorsque les présentateurs parlent d’une grève des « aiguilleurs du ciel ». Pensent-ils que pour les téléspectateurs, l’aviation est quelque chose de nouveau et d’un peu mystérieux, et qu’il faut les ramèner à un domaine plus familier comme le train ? Mais, ont-ils encore conscience d’employer une métaphore ? Peut-être ont-ils fini par croire, à force de s’entendre le répéter, que c’est vraiment ainsi qu’on désigne le métier de contrôleur aérien ?

À propos de grève il est d’usage d’ajouter, systématiquement, que les syndicats se livrent à une « prise d’otages ». Oser se prétendre journaliste et parler ainsi, au mépris des vrais journalistes réellement retenus en otages en Syrie, au Liban, au Mali, au Niger, au Pakistan… (Exercice pour le lecteur : rayer les mentions inutiles ou en ajouter, selon l’actu).
Que cette expression « incontournable » sorte souvent de la bouche d’un quidam lors d’un micro-trottoir n’est pas une excuse : faire le trottoir n’est pas le rôle des journalistes, c’est un autre métier.

La psychiatrie est une grande source d’inspiration pour les hommes-troncs (ou femmes-troncs) de la télé, qui ne manquent jamais une occasion de diagnostiquer une « psychose » dès qu’un événement produit de l’inquiétude, ou une « schizophrénie » chez tout individu dont la personnalité recèle la moindre contradiction.

Bon. Je ne vais pas faire un « inventaire à la Prévert » de toutes les expressions foireuses et autres tics de langage qu’on subit en s’infligeant un journal télévisé (vous n’aviez pas remarqué qu’ils sont incapables de prononcer le mot « inventaire » sans ajouter « à la Prévert » ?). Juste un dernier exemple : la révolution !
Oui, camarades, la révolution est en marche ! Ce n’est pas un simple « lifting ». Non : cette fois, au 20 heures, c’est le grand soir. Ce n’est pas un énième gadget qu’on essaie de nous vendre, c’est une « merveille de technologie », une nouveauté « bardée d’électronique », « intelligente », qui va nous faire entrer de plain-pied dans « l’ère digitale » (il y aura des doigts partout ?). Nous assistons à une « véritable révolution ». Attention, les têtes vont tomber !

La véritable révolution, ce serait que les journalistes de la télévision se mettent à parler en bon français, en employant les mots justes.

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